Cantines scolaires : Des modèles béninois d’intérêt pour le Burundi

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Cuisines à foyer traditionnel amélioré ( cantine de l’école primaire publique d’Agontimé dans le département du Mono) ou à foyer sans bois (cantine de l’école primaire publique de Dodji-Hô d’Allada dans le département de l’Atlantique), jardin scolaire, réfectoire, etc. les infrastructures réalisées dans le cadre du Programme National d’Alimentation Scolaire Intégré (Pnasi) au Bénin ainsi que le fonctionnement du programme forcent l’admiration.

«Il ne sert à rien de créer la roue alors qu’elle existe déjà». La maxime s’inscrit dans le contexte de la présence au Bénin d’une délégation de la République du Burundi conduite par la première dame, son excellence Angéline Ndayishimiye. Arrivée le 9 juin, la délégation ne dispose que d’ «informations» sommaires sur le programme de cantine scolaire du Bénin. « Nous avons appris pendant les deux jours qui viennent de se passer qu’il y a un programme intégré c’est à dire qu’il y a une appropriation au sein de la communauté et cela se manifeste par le fait que les enfants sont nourris par des produits qui viennent localement des zones de production. Nous avons préféré descendre pour nous en rendre compte», informe Dr Déo Guide Rurema, ministre burundais de l’agriculture et de l’environnement. Venue prendre connaissance de la réalité, la délégation visite, vendredi 11 juin 2021, Athiémé dans le département du Mono, plus précisément l’école primaire publique d’Agontimé, accompagnée du préfet du Mono, du Directeur départemental des enseignements maternel et primaire du Mono, du maire de la commune d’Athiémé et des représentants du Pam-Bénin. La délégation fait le tour du réfectoire, du magasin, de la cuisine, du jardin, du moulin à maïs; des infrastructures réalisées «grâce à Choithrams», un partenaire du Pam-Bénin. À la cuisine, la senteur de la friture à l’huile de palme et au poissons fretins préparée pour accompagner le mélange de riz au niébé, menu prévu au déjeuner des enfants, ne captive pas pour longtemps les organes olfactifs des hôtes de l’école. Le foyer de la cuisine interesse mieux. «Foyer amélioré mais qui est fabriqué localement», il permet «la protection de l’environnement», constate Dr Déo Guide Rurema, ministre burundais de l’agriculture et de l’environnement. Le foyer traditionnel (modèle reposant sur trois supports) amélioré réduit la consommation en bois de chauffage, le rejet de fumée et de chaleur grâce à sa conception, selon la présentation faite aux membres de la délégation qui s’empressent de prendre des images de la cuisine. La cantine offre aux apprenants «des repas locaux sains et équilibrés préparés à base de produits locaux» issus du jardin de l’école. «Cela a permis d’augmenter le taux de scolarisation des enfants. Ce qui est passé de 120 en 2016 à 244 en 2021», indique Ignace Houessou, directeur de l’école primaire publique (Epp) Agontimé. «L’école d’Agontimé a bénéficié de la construction d’un réfectoire, d’une cuisine, d’un jardin moderne et de l’appuie aux groupements de la communauté. Ces dons ont permis à notre école, aujourd’hui, d’avoir un compte bancaire pour améliorer désormais le fonctionnement de la cantine scolaire voire son autonomisation», précise le directeur. Au total, 37 écoles de la commune d’Athiémé bénéficient du programme de cantine scolaire. «Un pourcentage de plus de 52% sur l’ensemble» que le gouvernement a promis porter à 100% à l’horizon 2023, selon Saturnin Dansou, maire d’Athiémé. « La commune d’Athiémé en général, et en particulier, la communauté de l’Epp Agontimé sont à féliciter pour leur implication dans le Programme National d’Alimentation Scolaire Intégré (Pnasi). «Vous vous êtes déjà approprié de ce programme. En effet, le Pam est ici pour vous accompagner, pour renforcer vos capacités pour que dans les jours à venir, vous puissiez vous prendre en charge et en mesure de continuer à faire fonctionner ce programme. Je constate que vous êtes prêts pour le transfert de ce programme à la communauté. Je vous encourage à continuer», exhorte Guillaume Amuli, représentant résident adjoint du Pam-Bénin.

A une centaine de kilomètres environ de Athiémé, dans le département de l’Atlantique, les communautés sont également mobilisées en faveur du programme de cantine. « Le programme (…) lutte de manière inclusive contre la faim dans nos écoles (…) car offrant la possibilité aux apprenants de bénéficier d’un repas chaud à midi. Je puis vous assurer que cette action salvatrice, initiée par le gouvernement de son excellence Patrice Talon, mobilise les communautés à la base pour des initiatives très favorables à sa réussite. Ces dernières ne cessent de manifester leur fierté et leur disponibilité (…) C’est fort de cette disponibilité que le préfet du département de l’Atlantique a initié en 2019 un téléthon qui a permis de mobiliser en l’espace de deux semaines la bagatelle somme de 10millions 650mille 600 francs CFA en vue de soutenir davantage les enfants bénéficiaires des cantines scolaires», explique Robert Hounsou, représentant du préfet de l’Atlantique.

Foyer sans bois, des légumineuses antibiotiques

À Dodji-hô dans la commune d’Allada sise dans le département de l’Atlantique, la cuisine et le jardin scolaire forcent l’admiration. Les latrines de l’école alimentent le biodigestateur installé sur place. Le système fournit du biogaz, combustible utilisé pour la cuisson des repas de la cantine. Ce projet de cuisine «sans feu de bois» est réalisé grâce au partenariat Pam- Mtn- Ong Ewanou. Il permet de lutter contre la prolifération du métal, la déforestation, selon Mylène Gnancadja, directrice exécutive de l’Ong Ewanou. Séduits par les avantages qu’offre la cuisine «sans bois», les ministres burundais s’informent sur le coût et la durabilité du dispositif. L’installation du système est évaluée à 17 millions FCFA et les équipements estimés à 6 millions, informe la directrice exécutive de l’Ong Ewanou. À l’Epp Dodji-hô, les légumes servant à la préparation des repas sont produits dans le jardin bio de l’école à cantine. Mais la communauté ne fait pas pousser que de la tomate, du piment, du Basilic, la Grande Morelle communément appelée « Gboman », mais il y a aussi du  » amanvivè » (vernonia), du « tchayo » et d’autres «légumineuses» à vertu «antibitioques». Ceci rend «ému» le ministre de la santé du Burundi. «Dans l’alimentation, on peut donc inclure aussi des antibiotiques», constate Dr Thadée Ndikumana, ministre burundais de la santé qui compare la méthode avec celle du «déparasitage» faite aux élèves des cantines du Burundi. «Ce qui nous a été présenté, nous venons donc de le visualiser, de les matérialiser. Nous avons vu comment on gère ce programme de cantine scolaire : le sérieux et la conscience, l’appropriation, la propreté et la contribution dans la protection de l’environnement (…) Nous sommes venus pour apprendre et nous voulons répliquer la même chose chez nous parce que ça ne sert à rien de créer la roue alors qu’elle existe déjà. Nous sommes de bons élèves devant de bons maîtres», commente Dr Déo Guide Rurema, ministre de l’agriculture et de l’environnement de la République du Burundi.

Les ministres burundais recommandent la vulgarisation et l’implémentation des initiatives de jardin bio, de «cuisine sans bois» dans toutes les autres écoles du Bénin. Ils plaident également la mise à échelle des jardins scolaires dans les familles respectives de chaque apprenant.

Le Pnasi est financé par le gouvernement et mis en œuvre par le Pam et ses partenaires dans 3851 écoles (52% de couverture) sur toute l’étendue du territoire national dans les 12 départements et 77 communes. Le programme assure un repas chaud, nutritif et sain en quantité suffisante chaque jour de classe à environ 650.000 écoliers dont 49% de filles. Il est soutenu par des initiatives communautaires et promeut la production locale de vivres.

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