Reconnaissance de la valeur des artistes au Bénin : Les plasticiens parents pauvres

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Manque d’engouement pour leurs expositions, mépris de leur statut, peu ou quasiment pas d’achats de leurs œuvres pourtant réalisées après des heures, des jours, des semaines, voire des mois de labeur, les artistes plasticiens béninois peinent à trouver une place sur le tableau de reconnaissance de la valeur des artistes au Bénin.

« Nous avons fait une exposition d’une durée de deux semaines, on a enregistré plus de 250 visiteurs, mais aucune œuvre n’a été vendue ». Cette déclaration de Daniel Abidjo, directeur de ‘’L’art Galerie’’, un lieu d’exposition et de vente d’œuvres d’art à Abomey-Calavi, traduit un tant soit peu, le manque d’engouement des Béninois pour la « consommation » des arts plastiques. Contrairement aux concerts musicaux qui mobilisent le public avec l’achat des tickets à l’avance pour réserver sa place, les œuvres d’art manquent de preneur au plan national. Ce manque d’intérêt du public béninois pour l’art plastique n’est pas un phénomène nouveau d’après certains acteurs culturels. Pour avoir dirigé de 1997 à 2001 la première association des artistes plasticiens qu’il a lui-même créée en vue de faire la promotion des plasticiens, Zéphirin  Daavo, ancien directeur de la Bubedra semble connaître les causes de ce problème. « Les Béninois ne consomment pas du tout l’art, ils ne connaissent pas l’importance des œuvres d’art, ils ne sont pas éduqués à la consommation de l’art », regrette cet ancien directeur du musée d’Abomey.

Son fils Gaël Daavo, artiste plasticien, fait le même constat et déduit que son père avait raison de ne pas l’orienter vers les arts plastiques dès le bas âge. « J’avais les talents artistiques en moi depuis l’enfance mais mes parents ne voulaient pas que je rentre dans le secteur culturel», se souvient-il. Mais par passion et par entêtement, Gaël devient artiste plasticien et découvre les réalités du secteur. D’après lui, les plasticiens n’ont pas un accueil favorable du public béninois. « Un plasticien est comme un mendiant, un bon à rien qui ne veut rien faire, il y a un manque de reconnaissance du travail de l’artiste par le public béninois», déplore Gaël Daavo. Et ce n’est pas seulement le public, Gaël pointe un doigt accusateur à l’endroit des autorités. « Le manque de volonté politique de la part des gouvernants, l’absence d’accompagnement, le manque de sérieux dans la gestion du secteur culturel sont autant de problèmes qui freinent le développement du secteur culturel en général et handicapent l’épanouissement des plasticiens en particulier », martèle-t-il.

Le problème semble être plus profond d’après l’ancien directeur du Bubedra. Un problème qui trouverait ses racines dans l’éducation en général. « L’éducation artistique n’existe pratiquement pas au Bénin, les disciplines artistiques ne sont pas suffisamment enseignées dans les écoles, ce qui fait qu’à l’âge adulte les gens ne trouvent pas la nécessité de consommer les œuvres d’art», révèle Zépherin  Daavo. Cependant, selon Dominique Zinkpè, en dehors de la question de l’éducation à la consommation des œuvres d’art plastiques, il y aurait une raison financière qui expliquerait la réticence des béninois à se procurer les œuvres d’art. Pour lui, le Béninois a un goût pour la culture car les vernissages et expositions attirent toujours le public. En revanche, le pouvoir d’achat de la plupart des visiteurs des expositions ne leur permet pas d’acquérir une œuvre d’art. « Même en Europe, les œuvres d’arts demeurent un luxe,  ce ne sont pas des gens de moyenne classe qui en achètent », nuance Zinkpè. Pourtant, l’art est nécessaire pour nourrir l’esprit humain au même titre que le repas nourrit le corps. « Quand l’esprit est bien nourri, il a un impact sur le corps », renchérit  Zéphérin Daavo, une façon à lui  d’inciter les Béninois à consommer l’art. Et ce faisant, les artistes plasticiens pourront espérer un jour vivre de leur art, eux qui déjà sur le plan de la reconnaissance sociale occupent le bas du tableau.

 

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