CHRONIQUE: Non à la République des pilleurs ! (SOSSAVI Innoncent)

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    La levée de l’immunité parlementaire de trois députés, le mardi 24 juillet 2018, a fait mouche dans l’opinion. Principalement, l’opposition y a vu un manège de la majorité pour la fragiliser et l’abattre. Et, ses hommes liges de dénoncer « la ruse et la rage » du pouvoir, s’émouvant visiblement de cette initiative ayant aidé à dépouiller du verrou constitutionnel trois des siens : Valentin Djènontin, Idrissou Bako, Mohamed Atao.

    Respectivement Ministre et Directeur Général de la Société Nationale de Promotion Agricole (SONAPRA) au plus fort du yayisme, Valentin Djènontin et Idrissou Bako intéressent aujourd’hui la justice dans le dossier « Coton » ayant engendré une perte de 125 milliards F CFA à l’Etat béninois. Mohamed Atao peut, quant à lui, saluer le ciel de n’être visé que dans l’affaire « Trafic illicite de faux médicaments ».

    Dans ce dossier sulfureux qui ne sanglerait pas moins la gorge à ses protagonistes, les deux honorables « cauris » recherchés par la justice auraient-ils mordu à l’appât dans la gestion de l’or blanc, de par leur position alors confortable ? Directeur Général de la SONAPRA aux heures de l’embellie, Idrissou Bako saurait-il échapper aux besoins d’une enquête instruite pour la manifestation de la vérité ? Présumé innocent jusqu’à preuve de contraire, passerait-il pour le chef d’orchestre de cette gestion incriminée ? Membre de la Commission interministérielle du coton pour la campagne 2013-2014 et président de ladite commission pour la campagne 2014-2015, Valentin Djènontin saurait-il s’y soustraire ou s’en laver les mains ? N’apparaîtrait-il pas comme l’une des pièces maîtresses utiles à la manifestation de la vérité ? Autant de questions auxquelles l’instruction apportera des éléments de réponse.

     

    125 milliards F.CFA partis en fumée

    A tout le moins, cette instruction requérait deux de ces levées d’immunité parlementaire. D’ailleurs, il importe, au sujet de ce « coup » qui a réussi à « désarmurer » constitutionnellement ces honorables, d’éclairer l’esprit aux miens qui voient la politique hallucinationnellement  partout et en tout. En fait, la requête de la levée de ces immunités parlementaires n’émana ni du chef de l’Etat, ni du ministre de la justice, ni de la majorité présidentielle, mais du procureur de la République habilité pour ce faire ; celui à qui, de droit, le bureau de l’Assemblée nationale était dans l’obligation de faire droit à sa demande ! Par conséquent, qu’y aurait-il de politique dans cette requête en lien avec le dossier « Coton », une affaire de droit commun ayant fait perdre 125 milliards F CFA à l’Etat béninois aux ressources pourtant limitées ? Qu’y aurait-t-il de rusé et de rageux dans cette démarche ? Les affaires de droit commun serait-elles devenues – prestidigitationnellemnent – des affaires politiques ? Ou souhaiterait-on fonder un nouveau « droit » qui politiserait désormais les affaires de droit commun ? Ignorerait-on que ces 125 milliards F CFA pourraient servir à hâter l’essor du pays par le financement de son développement à la base, la création de quelques millions d’emplois et la construction de quelques centaines d’infrastructures de développement ?

    À ceux qui verraient partout et en tout la politique comme par hallucination, il urge d’insinuer que le procureur de la République est par principe apolitique, donc impartial, sans odeur, sans couleur, au service de son Etat et serviteur du Léviathan qui l’a fondé pour l’intérêt général. Ses prérogatives fusent sans exclusive vers tout citoyen nécessité pour la manifestation de la vérité, y compris le représentant du peuple. Pleinement responsable, celui-ci n’a donc pas à fuir ses responsabilités, n’étant pas au dessus de la loi. Il a à se plier à toute requête qui le jetterait même dans la gueule du loup pour les besoins d’une enquête, son immunité étant de droit mais muable.

     

    Après le beau temps, la pluie ?

    Et, puisque le parlement n’est pas un repaire de punaises en quête de tranquillité contre l’intérêt général, cette muabilité apparaît comme une garantie contre l’impunité. C’est un lieu commun que l’impunité ne construit pas un pays mais l’arrière, germant à répétition des crimes et délits économiques d’ordre désastreux à son détriment, même au plus haut niveau de l’Etat. Il est alors souhaitable que l’immunité ne doit pas être une armure pour les criminels et autres délinquants économiques, et que chaque levée d’immunité parlementaire doit inculquer au peuple et à ses décideurs la peur du gendarme pour une « république exemplaire ».

    De dignes voix s’étaient élevées, suite au vote, ce 24 juillet 2018, pour saluer ces levées « immunitaires » historiques auxquelles était parvenu le parlement. Le député Guy Mitokpé de la minorité parlementaire n’a pas mâché ses mots, quoique de l’opposition : « Parce que nous croyons que tous ceux qui ont pillé le pays doivent répondre de leurs actes, le chef de l’Etat doit aller plus loin dans la lutte contre la corruption. Je l’encourage à faire de ce combat une priorité, à refuser le soutien des députés qui traînent des casseroles. Mais son régime devrait surtout commencer cette lutte en son sein ». L’honorable Rachidi Gbadamassi de la majorité parlementaire de pouffer de joie : « La lutte contre la corruption est non négociable. Toute personne soupçonnée de malversation doit répondre de ses actes. C’est la justice qui a demandé ces levées d’immunité parlementaire ».

    Dans cette dingue affaire scabreuse à faire baver l’honnête citoyen, tel subirait les rigueurs de la loi s’il s’avère coupable, tel serait blanchi s’il s’avère innocent… Salut, les auditions ! Et que « la liberté reste la règle, et la détention l’exception ».

    Mais, a priori, disons que le sort de ces émérites compatriotes, aurait pu être celui de tout Béninois appelé aux affaires « cotonnières » sous le yayisme, et qu’ils seraient victimes de la logique managériale de leur famille politique s’ils s’avèrent coupables devant la loi. Le militantisme diamanté de leadership aurait-il donc ses revers en politique ? … Après le beau temps, la pluie ? …

    Contre l’impunité et pour l’essor national, en définitive, disons, à l’unisson, non à la République des pilleurs !

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