Aménagement de la zone industrielle de Glo-Djigbe vu par Didier N’DAH

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    Didier N’DAH, Maître de Conférences en Archéologie et Préhistoire. Enseignant-Chercheur au Département d’Histoire et d’Archéologie et à l’Institut National des Métiers d’Art, d’Archéologie et de la Culture de l’Université d’Abomey-Calavi.

     

    Afin de relancer la dynamique d’industrialisation du Bénin et de diversifier ses sources de revenus, le Gouvernement béninois s’est engagé dans un nouveau projet de développement d’une zone industrielle (ZI) : la ZI de Glo-Djigbé. La construction de la ZI de Glo-Djigbé, d’une superficie de 1 468 ha, s’inscrit dans un vaste plan d’aménagement de la zone nord-ouest de Cotonou prévu par le Gouvernement qui a confié la construction de cette zone  à une société qui intervient dans le cadre d’un partenariat public-privé avec la République du Bénin. Les travaux de construction de cette zone industrielle puis son exploitation sont susceptibles de provoquer des impacts aussi bien positifs que négatifs sur l’environnement et les populations riveraines. C’est pourquoi cette société demandé une étude d’impact environnemental et social  qui constitue un préalable  permettant  d’évaluer les répercussions environnementales et sociales du projet. Cette étude d’impact validée n’a pas malheureusement pris en compte le volet archéologique.

    En prélude au démarrage des travaux, la société s’est rapprochée des archéologues pour un suivi archéologique, notamment en ce qui concerne les découvertes fortuites. Pour vérifier les conclusions du rapport d’étude d’impacts selon lequel « même s’il n’y a pas de sites archéologiques connus dans la zone du projet, certains artefacts archéologiques (poteries, outils, fondations de bâtiments, etc.) pourraient être détruits lors de travaux de terrassement », une équipe a mené une prospection sur une petite partie du site du projet et  signalé à la société l’existence de sites archéologiques. En effet, une prospection de quelques heures a permis  d’identifier  six sites archéologiques avec une concentration plus ou moins dense de vestiges.

    L’équipe des archéologues s’attendait à ce que la société qui s’est engagée sur son site Web  «  à respecter les standards de performance de IFC (Société Financière Internationale)» prenne en compte le volet archéologique dans le cadre de l’exécution de ce  projet,  quand la semaine dernière, nous avons remarqué que des bulldozers ont débuté les travaux de terrassement entamant ainsi la destruction des sites signalés.

    Pourtant la norme de performance n° 8 de Société Financière Internationale vise à Protéger le patrimoine culturel contre les impacts négatifs des activités des projets et soutenir sa préservation.  Selon cette norme, « le patrimoine culturel comprend des biens et des sites présentant une valeur archéologique, historique, culturelle, artistique et religieuse , des caractéristiques naturelles uniques,  les savoirs culturels, les innovations et les pratiques des communautés incarnant des modes de vie traditionnels, dont la protection est assurée au profit des générations actuelles et futures ».

    Il est en outre précisé que « les entreprises dans lesquelles elle investit sont tenues d’éviter que leurs activités aient un impact négatif significatif sur le patrimoine culturel ».

    Cette situation de destruction permanente des sites archéologiques sur toute l’étendue du territoire devient  préoccupante. Un récent rapport que nous avons rédigé montre bien que les travaux d’aménagement du territoire ont entraîné la destruction de plusieurs sites archéologiques sur le territoire béninois. Par exemple, aucun archéologue n’a été associé à  l’étude d’impact du nouvel aéroport de Glo-Djigbé et probablement les sites archéologiques de ce périmètre sont également menacés de destruction.

    Et pourtant, les lois sur le plan national et les conventions ratifiées par le Bénin  protègent le patrimoine archéologique et culturel. On peut citer par exemple la loi n° 2007 – 20 du 23 août 2007 portant protection du patrimoine culturel et du patrimoine naturel à caractère culturel en République du Bénin et la loi n° 98-030 du 12 février 1999 portant loi-cadre sur l’environnement en République du Bénin. En outre, les Partenaires Techniques et Financiers exigent la protection du patrimoine culturel et archéologique. Malgré l’existence de ce cadre législatif et juridique le patrimoine archéologique n’est pas du tout pris en compte dans la politique nationale d’aménagement du territoire, ce qui entraîne sa destruction permanente et croissante.

    L’archéologie est souvent perçue par les aménageurs et les entreprises comme  un frein à l’aménagement du territoire parce qu’elle cherche  àprotéger les sites archéologiques. Une telle perception est erronée car, ce que les archéologues demandent, c’est d’étudier les sites avant leur destruction afin de contribuer à la connaissance des civilisations disparues et à leur mise en valeur.

    Il faut préciser que cette situation de destruction des sites archéologiques est aussi liée au fait que les cabinets en charge des études d’impact environnemental et social n’intègrent pas le volet archéologique. Ils se contentent tout simplement de proposer une procédure de découverte fortuite. Il est donc urgent de tenir dorénavant compte de ce volet surtout lorsqu’il s’agit des grands travaux d’aménagement.

    Quant à la société en charge de  l’aménagement et de la viabilisation de la zone industrielle de Glo-Djigbé, il est nécessaire de prendre en compte ce volet archéologique pour la suite des travaux de terrassement afin d’atténuer les impacts négatifs du projet sur cet important patrimoine.

    Il est vivement souhaité que la nouvelle loi sur le patrimoine culturel en cours de gestation puisse instaurer une étude d’impact archéologique et patrimonial afin de limiter les effets négatifs des travaux d’aménagement sur le patrimoine culturel.

     

     

     

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