ÉDITORIAL : La hiérarchie douanière serait-elle sans soupçons ?

    0
    45

    Deux douaniers sont solennellement passés à la trappe, mercredi 22 juillet 2020, en Conseil des ministres, pour traitements frauduleux de déclarations de marchandises. Par la voix de son porte-parole, l’Exécutif s’est attelé à éclairer l’opinion sur les contours de ce qui a valu, à ces disciples de Saint-Mathieu, la radiation pure et simple de l’effectif de l’administration des douanes béninoises. Selon son compte-rendu, les faits reprochés aux inspecteurs des douanes Zénoudine Ali Yérima et Sèdékon Marc Maxime Kanho, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, remontent à février-mars 2020, et sont de « ces manquements graves constitutifs de fautes lourdes ayant généré un manque à gagner considérable au trésor public ».

    Quand bien même ces pertes sont passées sous silence du point de vue des chiffres y afférents, on saurait raisonnablement signaler qu’elles sont loin d’être négligeables. La preuve est qu’elles ont attiré l’attention du pouvoir au point de l’amener à gongonner que les faits incriminés ont suffisamment mordu les deniers publics. Peut-être, ces fraudes ont-elles rapporté des dizaines, voire des centaines de millions aux mis en cause au grand dam de l’État ; leur corps n’adulant que les millions comme si un pacte le lie au nerf de la guerre.

    Apparemment, le train de vie atypique des disciples de Saint-Mathieu en dit long sur leurs liaisons avec la monnaie sonnante et trébuchante. En témoignent leurs harems, leurs châteaux, leurs buffets, leurs limousines, leurs luxes insolents. En témoigne leur vie de vizir. Sans doute que la vache-à-lait est là, lapée, macérée, vidée à leurs fins au détriment de ce pays dont on dit pourtant que les revenus sont limités. Sans doute que les bourreaux de l’économie nationale sont aussi là.

    Comme un secret de polichinelle, les douaniers béninois pavoiseraient le palmarès des plus riches fonctionnaires du continent par leurs ruses à la tâche. Favorisée au ferment de l’impunité après les indépendances de 1960, la corruption a houleusement poussé ses cornes contre l’intérêt national de sorte que ce qui devrait servir au bien commun comble plutôt les cupides se prévalant de leur qualité de pourvoyeur du budget national. Non sans complicité, l’or du dol étant partagé.

    Indexés pour les faits à eux reprochés, a posteriori, Kanho et Ali Yérima ne seraient pas les premiers à avoir gaffé à la douane béninoise ; Ils n’y auraient que tisser de nouveaux maillons à la chaîne corruptionnelle. Peut-être, auraient-ils commis ce qu’ils ont souvent vu faire impunément, ou fait ce qu’on leur a susurré. Peut-être, auraient-ils été piégés. Du moins, des fraudes de l’envergure de celles qu’on leur reproche ne semblent pas sans complicité. Le pactole dont on ignore précisément le montant et qui constitue un manque à gagner au trésor public n’irait-il qu’à leur seul avantage ? La hiérarchie douanière serait-elle sans soupçons dans cette affaire ? Serait-elle sainte ou innocente ? L’écheveau est à démêler ! Le mystère à élucider !

    Mis en cause, Zénoudine et Marc Maxime devraient payer pour leurs fautes, payant aussi en boucs émissaires pour leurs éventuels complices. Et même si elle est tacitement partagée, leur responsabilité est engagée. Bravement, qu’ils l’assument ! Après le miel, le fiel, n’est-ce pas ?

    Les sanctions à leur encontre sont fondées dans la mesure où l’Etat a le devoir de sévir, de son œil de gendarme, contre les faussaires dans sa mission régalienne. Ce faisant, et à toutes fins utiles, il devrait châtier, non pas certains des maillons de la chaîne chancie, mais toute la chaîne corrompue. S’en abstenir le contrarierait tragiquement dans sa lutte contre la corruption.

    Par Innocent SOSSAVI

    LAISSER UNE REPONSE

    Please enter your comment!
    Please enter your name here