Parfois pour ne pas dire souvent, le stress de dernière minute peut constituer une source d’échec pour les candidats aux examens de fin d’année. Ce stress se manifeste par une impression de ne pas être prêt à affronter les épreuves,  qui amène certains candidats à perdre confiance, se replier sur eux-mêmes, s’enfermer, refuser de s’alimenter, devenir arrogant ou s’empêcher de dormir en faisant de longues et interminables veillées. Certains parents, par leur trop grande envie de voir réussir leurs enfants, peuvent sans le vouloir leur causer du stress. Face à ce constat et surtout, à moins d’une semaine de la session 2020 du baccalauréat qui démarre le lundi prochain des questions se posent. Comment prépare-t-on psychologiquement le Bac ? Comment peut-on  éviter  le stress chez les candidats ? Quel rôle jouent  les parents dans l’accompagnement des enfants  pour la préparation du premier diplôme universitaire ? Ce sont-là autant de questions auxquelles, apporte des éclaircissements, Emile Gbessinon, psychopédagogue et consultant en éducation inclusive.  Entretien.

Le Progrès :Le lundi 20 juillet prochain, des milliers  de  candidats  au Baccalauréat planchent dans les différentes épreuves  de la phase écrite. Comment prépare-t-on psychologiquement cet examen ?

La préparation psychologique du Bac  est une préparation lointaine. Elle commence dès que l’apprenant entre en classe de terminale. Depuis le moment où il se dit  je vais composer pour obtenir le Baccalauréat. Mais c’est depuis la classe de première  qu’il faut commencer à se dire je vais au Baccalauréat l’année prochaine. A quelques jours de l’examen, cette préparation psychologique devient très nécessaire. Se préparer psychologiquement comporte plusieurs aspects. Je voudrais m’appesantir  sur la gestion du stress. Le stress  est cette pression que l’on ressent. Il  est très normal d’être stressé  avant la composition du Baccalauréat. Les candidats sont angoissés, ils deviennent agressifs et insultent tout le monde.  Ils pensent et repensent à leur examen et s’isolent parfois. C’est des choses qui peuvent arriver. C’est normal.

Comment peut-on  combattre le stress chez les candidats ?

On gère bien le stress en ayant confiance en soi. La  confiance en soi se cultive dès le début de l’année scolaire. Vous apprenez à avoir confiance en vousau travers de vos résultats par exemple. Mais la confiance en soi peut se gagner aussi audernier moment. La veille du Bac n’est pas du toutle moment propice pour veiller, pour étudier longuement. Il faut pouvoir bien manger et bien dormir. Il faut sortir de la maison et aller prendre de l’air.C’est important. Il faut  marcher. Le Bac n’est pas une question de vie ou de mort. Il y a beaucoup de candidats qui se donnent des défis. Je réussis ou je meurs. Je veux juste entendre cela dans le sens où l’on veut se donner un défi pour avancer, pour se galvaniser mais, penser que c’est une question profondément vitale n’est pas la meilleure disposition d’esprit à avoir. Il faut qu’ils soient très relaxes pour bien se préparer.  Eviter de s’enfermer sur soi. Prendre le temps d’échanger avec les gens de son entourage. Pourquoi ne pasfaire des blagues, avoir des échanges assez courtois  pour discuter de tout et de rien ? Il  ne faut pas trop se focaliser sur l’examen. Ne pas avoir peur de l’examen, ne pas paniquer surtout pendant la composition. Pour ne pas être stressé, il faut aussi faire du sport. Il faut aussi beaucoup boire pour se déshydrater. Il faut avoir un emploi du temps assez souple. Tant que l’on n’a pas l’épreuve devant soi, l’on n’a pas l’impression d’être prêt. L’on a toujours envie  de jeter un coup d’œil pour réviser quelque chose, c’est faisable. Il faut le faire.

Selon vous sur quelle approche pédagogique doit se fonder l’enseignant pour permettre aux candidats de réussir leur examen ?

Les enseignants ont un grand rôle à jouer dans la préparation des examens. Ils sont plus proches des élèves qui les sollicitent pour des conseils pratiques. La première des choses est d’amener l’enfant à avoir confiance en lui-même. Il faut lui proposer un accompagnement très bienveillant. Pouvoir lui faire comprendre par exemple qu’il a des capacités pour réussir au Bac. Amener l’élève à ne pas perdre confiance avant même d’avoircommencé. C’est la période où les enseignants multiplient les séances de révision. Pour moi, ce n’est pas nécessaire. Nous sommes à un moment où l’enfant a besoin de travailler seul.  C’est le moment du travail individuel. Ce n’est pas à la veille de la composition qu’il faut  chercher à tout faire avec les élèves. Les élèves qui travaillent en groupe doivent aménager du temps de travail individuel pour reprendre après les exercices seuls.

Certains candidats se jettent sur l’épreuve sans prendre le temps de la lire. Quel doit-être le comportement d’un candidat au Baccalauréat face aux épreuves écrites ?

Le stress amène à se jeter sur les épreuves. Alors chers candidats lisez-les profondément et posément. Prendre du temps pour lire les épreuves est capital pour un candidat qui veut réussir. Pendant que vous composez, si vous êtes stressé alors  prenez le temps de respirer profondément.  Inspirer et expirer  profondément. Cela est très important. Vous pouvez aussi solliciter une permission pour boire de l’eau pour vous déstresser. Mais surtout restez très confiant durant l’épreuve. Pendant la composition même s’il y a des difficultés, il faut  rester positif.

 

Que direz-vous aux parents  au sujet des soins aux enfants en cette période d’examen ?

Les parents même sont stressés pour leurs enfants et finissent par leur  communiquer  ce stress.

Chers parents ! Ne passer pas le temps à rappeler sans cesse vos enfants au travail, à leur dire ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire, à leur rappeler l’échec d’un ami l’année dernière pour une raison ou une autre. L’enfant n’a pas besoin de ces genres de conseil. Vous devez les accompagner à avoir confiance en eux-mêmes. Il faut les encourager en leur disant  de  prendre au sérieux  leur examen. L’enfant qui a perdu l’appétit par exemple a besoin d’une assistance bienveillante des parents pour recommencer à bien manger.  Il faut lui conseiller d’aller manger, de  regarder un film ou d’aller dormir.

Attention les parents vous êtes stressés vous-mêmes c’est normal, mais ne stressez  pas les enfants.  Rassurez-les et aidez-les à  mieux se préparer à l’examen.

Le taux national de réussite avoisine souvent les 40% au Bénin. Que faut-il faire pour  renverser la tendance ?

Il faut que nous ayons au Bac de bons taux. Cela est très important. Il traduit la qualité de  notre système éducatif. Mais, il ne faut pas un bon taux pour un bon taux. Pour  changer la donne, il faut  un travail de réformes à plusieurs niveaux. Aujourd’hui, nous pensons que la qualité importe énormément. Que nous ayons demain des étudiants de bonne facture et de bonne qualité, c’est une chose essentielle pour le développement du Bénin. Pour y arriver, il faut une préparation depuis le primaire. Je pense que si nous voulons modifier les résultats (le taux de réussite au Bac), il faut qu’on commence à améliorer la qualité  du système éducatif depuis la base. Cela va passer par la bonne qualité des enseignants. Que les savoirs professionnels des enseignants soient développés. Que les enseignants arrivent à développer la liberté pédagogiqueet sachent utiliser des stratégies pédagogiques de qualité.  Ils doivent éviter de faire des cours en utilisant essentiellement des stratégies orales parce qu’il y a beaucoup d’autres stratégies à utiliser comme celles qui s’appuient sur le visuel ou la manipulation. Un enseignant doit développer énormément les capacités pratiques chez les enfants.

 Le Baccalauréat se déroule cette année dans un cotexte spécial lié  à la propagation du Coronavirus. Quelles sont vos recommandations  en termes de respect des gestes barrières ?

Respecter les gestes barrières pour ne pas être atteint du Covid-19  est vraiment nécessaire. Ces gestes barrières, nous les connaissons tous. Nous en sommes devenus très habitués. Attention, il ne faut pas que les dispositions prises paraissent stressantes aux yeux des candidats. Candidats, lavez-vous les mains et  que chacun porte son masque pour rester à l’abri de cette pandémie.

Propos recueillis par Joël SEKOU

 

 

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