Gestes barrières dans les minibus : Un jeu de cache-cache

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Contrôle sur les parkings et surveillance policière…le dispositif est en place mais les conducteurs de minibus contournent la mesure de distanciation sociale.   

Accoudé à une table près du caniveau à ciel ouvert longeant la gare routière Canal japonais du marché Dantokpa, Marius Bossou veille au grain. Chargé de délivrer le ticket, synonyme de laisser-passer pour chaque véhicule sortant du parking, Marius contrôle aussi le nombre de passagers à bord. En ces temps de lutte contre la propagation du nouveau coronavirus, l’adoption des mesures  barrières est de mise. Le syndicat des conducteurs, sur instruction du gouvernement, a indiqué à chaque  conducteur le nombre de passagers à embarquer. Et, Marius veille avec fermeté au respect de cette mesure de distanciation sociale entre passagers. « Aucun minibus ne peut quitter cette gare lorsque le nombre de passagers est supérieur à la limite », assure-t-il.  Des dispositions qui sont connues des chauffeurs. « Sur le parking, nous chargeons 2 passagers par siège. Ce qui fait 10 passagers en plus du chauffeur », confie Innocent Dossou, un conducteur d’un mini bus de 22 places. Chaque jour, Innocent fait deux à trois fois le trajet entre Cotonou et Porto-Novo. S’il se fait contrôler  au départ à Cotonou, arrivée à Porto-Novo, la procédure est la même. « Une équipe du syndicat fait le contrôle ici (ndlr : parking de Tokpa à Cotonou) et une autre intervient sur le parking de Ouando (Porto-Novo, ndlr) ». Mais avant d’arriver à destination, Innocent se fait contrôler à plusieurs reprises. Des policiers positionnés aux nombreux feux tricolores assurent, eux aussi, la veille. « Ils (ndlr policiers) arraisonnent les véhicules dont les occupants dépassent le nombre de passagers autorisés», précise Innocent. Et ceci s’appliquerait à tous les minibus. Ce tableau parfait cache cependant une autre réalité. Il est 6 h 39 min ce matin-là. Un minibus de 22 places stationne à l’entrée du stade général Mathieu Kérékou. Un passager monte. A l’intérieur, douze personnes assises l’une près de l’autre. Avec le nouvel entrant, le nombre passe désormais à 13. Au cours du trajet, l’apprenti du chauffeur, la tête par-dessus la vitre continuait de héler d’éventuels passagers. A la hauteur de personnes debout le long de la route, il lance : « Missessin, Akassato ! ».

Un peu plus tard, dans l’après-midi au carrefour Sica-Toyota-Vèdoko. Il est 17 h 04 min. Dans le mini bus en partance pour le marché Dantokpa, le haut-parleur distille de la musique ivoirienne. La passagère près du chauffeur est sans masque de protection. Elle chante : « ce que femme veut, Dieu veut. Ce que Dieu veut, femme s’en fout ! (ndlr : refrain d’un des morceaux du groupe Espoir 2000 en fond sonore) ». Quatre passagers occupent le siège du milieu. Ils sont trois occupants sur le siège près de la cabine. L’une des quatre personnes assises sur le siège arrière balance sa tête au rythme de la musique. Clap ! Le minibus s’immobilise à quelques mètres des feux tricolores ‘’Marina’’. Il est 17 H 26 min devant l’immeuble de l’ex-Cadmes’’ sis au quartier Sikècodji. Aucun client ne descend. A 17 h 33 min, le chauffeur remet en marche le moteur en même temps que le feu passe au vert. Il regarde furtivement les policiers postés dans les feux tricolores et continue son itinéraire (marché Tokpa, ndlr). La distanciation sociale entre passagers semble aléatoire dans les minibus au cours de la circulation. « La surcharge se fait au cours du trajet et non à la gare», se désole Marius Bossou, coordonnateur gare routière ‘’Canal japonais’’, sise au marché Dantokpa. « Une fois le chargement fait, plus personne ne monte à bord. Les clients même n’acceptent pas la surcharge sur le parking », renchérit Komlan Sévérin Yadagbamin, chauffeur de minibus.