Lutte contre les violences faites aux filles « Je veux que les autorités donnent la chance aux filles de s’exprimer », dixit Marcna Andy Pierre

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Les filles victimes de violences sont vulnérables et il faut les aider à trouver la force nécessaire pour se relever. Porteuse de ce message, Marcna Andy Pierre, fondatrice de l’Ong Demwazel, a organisé le 21 septembre 2019 dernier au Bénin, une conférence-débat avec ses sœurs du Bénin pour insister sur la nécessité de s’unir pour briser le mur du silence qui couvre encore ces actes de violences, véritables obstacles à l’épanouissement des filles. L’autre aspect du combat, selon elle, est d’impacter leurs sœurs avec leur histoire. Elle demande donc aux gouvernements de tous les pays du monde entier de créer des conditions pour permettre à ces filles de devenir de véritables actrices du changement.

Vous êtes à la tête d’une organisation qui lutte pour le droit des filles. Dites-nous, que cela soit d’Haïti à Cotonou en passant par les Etats-Unis et autres, qu’est-ce que “Demwazel” apporte de nouveau ?

Demwazel, c’est une plateforme fondée dans le but d’aider les filles qui étaient victimes dans le passé. Elle est là également pour aider les filles à devenir des actrices de changement. Ces filles qui vivent dans les milieux défavorisés, qui sont les victimes, mais les moins écoutées et les moins considérées. “Demwazel” veut attaquer ces filles-là (les plus vulnérables) et leur apporter secours. Des filles qui vivent avec beaucoup d’inquiétude et de mauvais souvenirs chaque jour, puisqu’elles n’ont personne pour les aider, les former davantage.

Quelle sera la forme de ce type de soutien ?
Organiser des séances de formations, coaching, donner à ces filles des mentors femmes pour des modèles. Il s’agit de certaines femmes qui ont déjà vécu des situations par le passé et par une violence quelconque. Elles vont aider ces filles à reprendre confiance en elles. Nous allons aider ces filles à faire des travaux manuels parce que nous estimons que ces filles n’ont vraiment pas reçu d’aide surtout auprès des parents. A la fin, la plupart devient des prostituées. Nous, nous voulons leur venir en aide tout en mettant à leur disposition, des formations qu’il faut afin qu’elles puissent s’autosuffire.

Comment pensez-vous modeler une fille qui vit avec une charge aussi importante à devenir “Actrice du changement” ?

Après une blessure, je pense que la fille a besoin de retrouver confiance en elle. Parfois, lorsque quelque chose nous arrive dans la vie, nous restons par terre parce que nous n’avons personne à côté qui pourra nous permettre de décoller. La première des choses est de permettre à ces filles de retrouver confiance en elles. Nous pensons les aider à voir la vie du bon côté. Nous voulons leur permettre de voir qu’une grossesse, un viol ou un mariage forcé ne veut pas dire que tout est fini. Il y a certaines filles qui abandonnent l’école après une grossesse parce que le père du bébé les a abandonnés. A ce stade-là, les filles n’ont plus espoir, mais nous, nous allons aider ces filles et leur montrer qu’une grossesse, un viol ou un mariage forcé dans le passé ne peut pas les arrêter.

Vous venez de finir un séjour à Cotonou. Qu’est-ce que vos sœurs béninoises peuvent retenir de votre passage ?

Effectivement, j’avais mis le cap sur Cotonou, spécialement parce que je voulais avoir une idée de la manière dont les Béninoises vivent ici. J’avais eu quelques échanges avec des Béninoises par le passé. La manière dont les béninoises vivent a attiré ma curiosité. Heureusement que les objectifs de “Demwazel” correspondent à leur situation et j’ai commencé par m’y mettre. Ce qu’elles peuvent capter de mon passage est ceci : il existe des filles victimes partout et elles ne sont pas seules dans la lutte. De l’autre côté, en Haïti, nous sommes en train de mener la même lutte. Qu’elles sachent que leur lutte ne doit pas seulement se limiter au continent africain ou encore au Bénin. Mais elles doivent impacter le monde. Nous devons aider les autres filles. Les Béninoises sont victimes à leur façon, mais ce n’est pas trop différent de nous aussi. Ensemble, nous pouvons utiliser les mêmes stratégies pour mener le combat.

Vous savez que pour la lutte, il faut un vrai arsenal juridique puisqu’il y a eu des cas où même l’agent de sécurité ne prend pas les actes de violences au sérieux et ce sont elles qui finissent par être ridiculisées. Quand vous parlez d’arsenal, qu’avez-vous pour contenir cet aspect de la situation ?
Effectivement, à “Demwazel”, nous pensons aider les filles de manière légale. C’est-à-dire si, par exemple, dans nos parcours, nous retrouvons une fille qui a été victime d’une quelconque violence, nous l’accompagnons légalement parce qu’il y a un juriste qui est disponible. “Demwazel” a déjà accompagné une fille qui a été violée 4 fois par son père. Elle ne voulait pas porter plainte à cause de la peur et c’est grâce à nous qu’elle a pu porter plainte et, aujourd’hui, l’auteur est en prison.

Vous avez annoncé sur votre page Facebook que vous allez publier une partie de votre histoire personnelle. Quel est le lien avec “Demwazel” ?
C’est cela qui fait la différence de “Demwazel” pace qu’elle a été fondée sur nos histoires personnelles. Parce que nous, nous avons mis dans ce projet ce que nous avons vécu par le passé. Nous disons que nous pouvons prendre cette histoire pour pouvoir la partager au monde, aux filles. Par exemple, il y a certaines filles qui ont été victimes par le passé et qui ont subi du harcèlement sexuel. Moi, lorsque je vais expliquer mon histoire à une fille, c’est sûr que cela va l’aider et elle va reprendre le courage. Parce que ce n’est pas facile. Quand une fille est victime d’une violence, sa vie devient noire, mais nous, nous prenons en exemple, nos histoires personnelles pour inciter les filles.

Sans vouloir demander l’histoire que vous voulez publier, cela veut donc dire que vous faites partie de ces filles-là qui ont été martyrisées par le passé ?
Exactement ! Moi, personne ne savait la raison pour laquelle j’ai décidé de créer “Demwazel”. Un jour, je me suis dit que je vais fonder une organisation, mais cela me rappelle qu’il y a quelques années, j’ai subi une grossesse précoce où j’avais mis au monde un enfant mort-né de 8 mois. Cela m’a traumatisé pendant 2 ans. Ce n’était pas facile et durant mon parcours, j’ai rencontré d’autres filles qui étaient dans la même situation que moi. Heureusement qu’en ce qui me concerne, j’avais ma famille qui me supportait beaucoup. J’ai été assistée par six psychologues pendant deux ans et c’est là que je me suis dit que mon histoire pouvait être un exemple. Une fille, qui est en train de vivre cette situation, va entendre mon histoire. Si elle constate qu’avec ce que j’ai traversé, j’ai pu me relever, elle peut se relever aussi et aller loin.
Donc, au-delà du dispositif légal, il faut aussi un accompagnement psycho-social ?

Absolument ! Nous avons des psychologues, sociologues qui sont des membres de “Demwazel” et qui sont prêts à accompagner les filles selon le cas.

Vous êtes venue au Bénin. Vous avez rencontré et échangé avec beaucoup de personnes. En matière de contact avec les autorités béninoises, que pouvons-nous retenir ?

Cela marche très bien. Certaines choses, que je ne veux pas dévoiler maintenant, ne sont pas encore officielles. Les retombées sont très positives, elles ont accueilli l’idée de l’organisation et vu que Haïti est la diaspora béninoise, elles connaissent donc, comment nous vivons là-bas. Je peux dire que jusqu’à présent, c’est une satisfaction de ma part et il peut y avoir de bonnes nouvelles entre “Demwazel” et certaines organisations de la place.

Quel message avez-vous à lancer aux acteurs du système ?
Je voudrais leur dire une seule chose. Les filles sont nos sœurs, mères, tantes, cousines. Je voudrais demander aux autorités d’accompagner les filles dans tous les besoins possibles. Je voudrais aussi qu’elles donnent la chance aux filles de s’exprimer. Parce que, plusieurs fois, quand on donne la possibilité aux filles de recourir à la justice, l’on reproche des choses à ces dernières, ce qui est anormal. Je voudrais qu’elles aient de pitié pour les filles. C’est notre droit.
Aux acteurs et organisations qui évoluent ici, je dis bon courage, c’est une grande lutte. Lorsqu’on commence par rentrer dans cette lutte, ils doivent savoir que c’est comme s’ils sont en train de tout risquer (famille, mari, conjoint, etc.), c’est ce qu’on m’a appris. Il faut du courage parce que ce n’est pas facile. Du côté de “Demwazel” , nous avons commencé par subir des pressions et des menaces par rapport à ce qui s’est passé. La dernière fois, la fille que nous avons accompagnée pour porter plainte contre son père qui a été condamné à vie. Il faut savoir que nous sommes là pour une cause. Donc, non aux harcèlements sexuels en milieu du travail et oui pour une bonne égalité pour tous !

Propos recueillis par Aïchath ALEDJI

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