Le Directeur du Suivi et de l’Evaluation des Odd au sujet de l’agenda 2030: « Il ne faut pas que l’atteinte des Odd soit le fait d’un hasard », dixit Damase Dagbénonbakin

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Dans 11 ans exactement, le Bénin, à l’instar de tous les pays de l’Afrique de l’Ouest aura à présenter les efforts accomplis dans le sens de l’atteinte des Objectifs de développement durable. Interrogé sur le sujet, Erick Damase Dagbénonbakin, Directeur du Suivi et de l’Evaluation des Odd au Ministère du Plan et du Développement dévoile le dispositif mis en place pour qu’à défaut d’être au rendez-vous sur l’ensemble des 17 objectifs, le Bénin présente un bilan intéressant.  Selon lui, « en 2016, quand le ministre d’Etat, Abdoulaye Bio Tchané prenait les règnes du ministère du plan, il nous a dit qu’il ne faut pas que l’atteinte des Odd soit le fait d’un hasard »

 

                         Le progrès : Nous sommes ici en train de parler de l’agenda 2030 et de l’agenda 2063. Selon vous,  qu’est-ce que le Bénin fait dans le sens de l’atteinte des objectifs de ces deux agendas ?

Dagbénonbakin Erick Damase : Il faut dire que le Bénin a marqué des pas décisifs depuis l’adoption en septembre 2015 de l’agenda 2030 et de ses Objectifs de Développement Durable (Odd). Ainsi, il s’en est suivi une série d’actions de sensibilisation, de concertation, d’appropriation et d’ateliers, pour permettre à toutes les parties prenantes (Gouvernement, ministères sectoriels, société civile, secteur privé, partenaires techniques et financiers) d’avoir une meilleure compréhension de cet agenda. Ils ont donc été suffisamment informés de ce nouveau programme de développement, son contenu et ses objectifs. A la suite donc de cette étape, nous avons procédé comme cela a été demandé à  tous les Etats membres, à la priorisation des cibles. Quand vous prenez l’agenda 2030, nous avons dix-sept objectifs et cent soixante-neuf cibles. Et comme nous ne pouvons  suivre toutes les cent soixante-neuf cibles, il a donc été demandé à chaque Etat de choisir un certain nombre qu’il pourra suivre. Nous avions réalisé cette étape de priorisation qui nous permis donc de retenir quarante-neuf cibles et la domestication des indicateurs des cibles prioritaires. Après ces travaux de d’appropriation et de contextualisation des cibles et indicateurs des Odd, le Bénin a élaboré sa première contribution nationale qu’il a partagée avec ses pairs au Forum Politique de Haut Niveau (Fphn) en juillet 2017 à New York.

Il faut dire  qu’à ces rencontres, la communauté internationale et les nations unies choisissent un certain nombre d’objectifs sur lesquels  les discussions se font.  Cette contribution du Bénin a été présentée et défendue par son Excellence le Ministre d’Etat Abdoulaye BIO Tchané. Le rapport du Bénin a été hautement salué au cours du Fphn, édition 2017. Le Bénin a été également présent au Fphn, édition 2018. En 2018 avec l’appui de la Giz, nous avons fait ce que l’on appelle le Benchmarking qui a permis de ressortir les bonnes pratiques au niveau donc de certaines communes. Cela a été vraiment beaucoup apprécié.

 

Avec tous ces efforts, quel bilan pouvez-vous présenter quant, à l’atteinte des objectifs de l’agenda 2030 ?

Nous pouvons parler de quelques objectifs puisque le temps ne permettra pas d’évoquer chacun des 17 Odd. Si vous prenez, par exemple, l’Odd 6 : accès à l’eau potable, le gouvernement a pris donc la résolution, au lieu d’aller avec 2030, d’assurer l’accès à l’eau potable, à toute la population d’ici à 2021. Et par rapport à cette ambition, d’importantes actions ont été menées dont  entre autres :

  • Création de l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en Milieu Rural (ANAEP-MR)
  • Réalisation des ouvrages hydrauliques par les Communes;
  • Réalisation des travaux de construction des barrages et d’aménagement de périmètres irrigués.

Quand vous prenez le secteur de l’énergie, on peut noter :

  • Construction de centrales thermiques bicombustibles (fioul, gaz naturel)
  • Electrification de 600 localités actuellement exclues du réseau de distribution
  • Construction de réseau électrique au niveau des localités de Béroubouay et Gounarou

 

Vous avez conçu une application qui présente les efforts du Bénin. En matière d’innovation, que retenir ?

Il faut dire, d’abord, que les motivations qui ont conduit à la construction de cette application sont énormes. En 2016, quand le ministre d’Etat, Abdoulaye Bio Tchané prenait les règnes du ministère du plan, il nous a dit qu’il ne faut pas que l’atteinte des Odd soit le fait d’un hasard. Que cela soit plutôt une démarche coordonnée et guidée. C’est cela qui nous a motivé pour travailler à l’alignement aux Odd des documents de planification au niveau national à savoir, le plan national de développement, le programme d’action du gouvernement, le programme de croissance pour le développement durable et les plans de développement communaux, qui sont tous arrimés aux cibles prioritaires des Odd. Il en est de même pour les documents de planification au niveau sectoriel. Autrement dit, au niveau de la planification, l’exercice est fait, mais il y a un faussé entre la planification et la programmation, c’est-à- dire, ce que nous faisons de façon quotidienne. C’est cela qui nous a conduit à concevoir une application qu’on appelle “MeSODD” (Mesure de la Sensibilité aux Odd.

En quoi le MeSODD permet d’évoluer  sur un chemin visiblement tracé à l’avance ?

Cette application permet de voir comment est-ce que les interventions publiques sont orientées vers les cibles que le Bénin a choisies comme prioritaires. L’application permet donc de voir, quand vous prenez un plan de travail annuel, c’est-à-dire ce qu’un ministère prévoit de faire au cours d’une année, les différentes activités que le ministère a prévues, quel est le lien avec les cibles prioritaires ? Et, enfin, cela permet de sortir comment ce plan de travail annuel est arrimé aux cibles prioritaires des Odd. Nous avons fait l’application en 2018 et nous l’avons testée sur les plans de travail annuel de cette année-là. Cela nous a permis de voir comment est-ce que les plans de travail des ministères sont alignés aux Odd et quel est le degré d’alignement desdits Pta aux Odd. Le rapport de cet exercice a fait l’objet d’une communication en Conseil des Ministres à titre de compte rendu. Le Conseil des Ministres l’a adopté et a recommandé que l’exercice se perpétue et que les capacités des Directeurs de la Programmation et de la Prospective puissent être renforcées pour une meilleure prise en charge de l’application dans leurs secteurs respectifs. C’est une application qui va assurer, chaque année, que nous puissions avoir des réalisations qui aient des liens directs avec les Odd. Ce n’est plus  une question de faire des activités comme nous le faisons avant, mais plutôt des activités qui sont orientées vers les cibles que nous avons autorisées au Bénin. C’est une innovation qui a été saluée un peu partout.

Donc, avec cette application et tous les efforts que vous venez de citer, vous confirmez que le Bénin a des chances d’être au rendez-vous au moins en 2030.

C’est vrai et cela va être de l’utopie que de dire que le pays sera à 100% au rendez-vous en 2030. Mais nous travaillons pour nous mettre sur un sentier qui garantisse des résultats probants en 2030 quant à la mise en œuvre de l’agenda 2030 des Odd. Cette application y contribue.

Quelles sont les difficultés qui pourraient survenir dans certains domaines précis et qui amènent toujours ces petites souscriptions ?

D’abord, il faut dire que l’agenda 2030, pour le réaliser, il faut d’importantes ressources aussi bien humaines, matérielles et financières. Nous avons réalisé le costing des Odd pour évaluer les ressources financières à mobiliser pour atteindre les Odd en 2030. Nous avons fait l’exercice et je vous avoue que les ressources qui sont notifiées sont importantes, d’ailleurs, pour être supportées par le Bénin. Et quand nous avons regardé ces ressources-là par rapport au Pib, l’écart est très grand. C’est une affaire de beaucoup de ressources que seul le pays ne peut mobiliser. D’où la nécessité de recourir aux partenaires financiers et au secteur privé.

  Pour finir, est-ce que le Bénin, en matière de réalisation d’avancer, a quelque chose à envier aux autres pays ?

C’est vrai que nous avons fait d’importants progrès, mais il faut dire qu’au niveau du domaine qui concerne les statistiques, il nous reste encore beaucoup à faire. Quand vous prenez, par exemple, un pays comme le Maroc, l’Etat finance à 100% les enquêtes d’envergure qui permettent le renseignement des indicateurs. Ce qui n’est pas encore le cas au Bénin. Il y a ce problème-là qu’il faut surmonter puisseque, quand vous n’avez pas les informations chiffrées, vous ne pourrez pas faire des analyses de façon objective. Donc, de cette manière, nous ne pouvons pas savoir les progrès que nous faisons au niveau des Odd pour voir le chemin qu’il nous reste à faire et prendre des décisions idoines y relatives. Il y a ce défi que nous devons relever.

Propos recueillis par Aïchath ALEDJI

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