Gestion des populations en Afrique de l’Ouest: « Les questions de dividendes démographiques vont revenir les dix prochaines années », dixit Latif Dramani

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    Les difficultés de gestion des réalités démographiques en Afrique de l’Ouest sont à la base des inégalités qui maintiennent les populations dans la précarité. Interrogé sur la question, Latif Dramani, coordonnateur du centre régional d’excellence en Economie générationnelle pense que le concept de dividende démographique est actuellement d’actualité parce qu’il constitue une solution à ce problème. Par ailleurs, le professeur pense que les questions de dividendes démographiques vont revenir les dix prochaines années.

    Le Progrès :  Bonjour,  professeur. Le dividende démographique revient, de plus en plus dans les politiques de développement. Selon vous, qu’est ce qui explique cela ?

    Le dividende démographique revient beaucoup dans les politiques de développement. Cela est dû à ce qu’on appelle la feuille de route de l’union africaine. En 2017, on a eu la feuille de route de l’union africaine qui a été signé par la plupart des présidents africains et c’est un travail qui a commencé, en fait, depuis 2013 à Abidjan. Il y a eu une conférence que l’Union Africaine a organisée à Abidjan et dans le  cadre de voir la vision de l’Afrique. Après on a eu la position commune de ce qu’on a appelé l’agenda ‘’l’Afrique que nous voulons à l’horizon 2063’’, qui dit que le développement de l’Afrique doit se faire par la capture du dividende démographique  et l’autonomisation des femmes et des filles. Donc cela c’est l’agenda continental qui guide toutes les politiques nationales dans nos différents pays, qui est la vision de l’Union Africaine, signé à l’époque par tous les présidents. Donc en 2017, on a eu la feuille de route de la capture du dividende démographique qui donne les étapes que les pays doivent suivre pour  vraiment capturer ce dividende démographique. Cela fait qu’à un niveau stratégique et politique très élevé, il y a des engagements des pays surtout dans le Sahel avec des pays comme le Niger où il y a une initiative Sahel matière de dividende démographique qui a été lancé par le président du Niger. Et aujourd’hui nous avons sept pays qui sont embarqués dans cette dynamique. Ce sont des pays qui ont pris des ressources financières auprès de la banque mondiale pour pouvoir avancer sur la capture du dividende et l’autonomisation des femmes.  Tout cela constitue une dynamique parce que quand vous regardez le monde, c’est la zone Afrique de l’Ouest et surtout le Sahel ou il y a le plus de problème sur les questions démographiques. Il y a des problèmes de tensions, vous connaissez tous les problèmes que nous avons avec Boko-Haram, insécurité, etc… Aujourd’hui ce qui fait le plus peur et   est, en même temps une opportunité  et un défi, c’est ce qu’on appelle les défis démographiques. On a des populations qui sont jeunes. Le faite d’être jeune, c’est un atout, à priori, à condition que les jeunes puissent avoir une bonne éducation, une bonne santé pour pouvoir travailler. Mais s’ils ne travaillent pas, cela pose un problème à toute la société. Et c’est cela le défis de la jeunesse aujourd’hui au sud du Sahara et c’est principalement cela le défi de nos pays. C’est pourquoi les questions de dividendes démographiques vont revenir ces dix prochaines années.

    Dans l’une de vos interventions au cours de la table ronde sur le dividende démographique, vous avez donné l’exemple des politiques de maîtrise de la population en Asie, en Europe, un peu partout dans le monde. Pensez-vous qu’il est possible  de transposer ces exemples en Afrique de l’Ouest ?

    On ne va pas transposer parce que  l’idée est sur le plan de la science. Et comme nous le savons, chaque être humain est  différent. De même chaque société est différente. Ce qu’on peut faire, c’est apprendre. Nous pouvons apprendre de l’expérience de l’Europe, nous pouvons apprendre de l’expérience des Etats-Unis, de l’expérience des pays d’Amérique Latine, de l’expérience des pays d’Asie, de la Chine, de l’expérience des pays du Moyen- Orient comme le Qatar, les Emirats Arabe-Unis etc. C’est, en fait l’idée. C’est de dire lorsqu’on est le benjamin de la famille, on peut profiter de l’expérience de ces aînés. Cela, c’est la chance des pays africains aujourd’hui. Nous avons l’opportunité d’avoir des expériences riches  qui ont marché, qui n’ont pas marché,  et nous dire, voici ce que nous allons faire en fonction de notre spécialisation, en fonction de nos réalités sociologiques, ethnologiques, anthropologiques voici le choix que nous faisons. Mais ce choix reste toujours un choix national, porté par la société et par les populations.

    Aujourd’hui, il est inéluctable que le poids économique de la femme influence le dividende démographique. Qu’est ce qui explique alors le fait qu’en dehors du Sénégal, beaucoup de pays soient encore réticents  face à la question de donner du pouvoir aux femmes ?

    Il y a beaucoup de pays qui sont en train de faire des efforts. Les gens ne sont pas pareils c’est-à-dire que les sociétés ne sont pas les mêmes.   Le Sénégal, ce n’est pas le Niger. Le Niger a ses réalités sociales qui ne sont pas celles du Bénin, qui ne sont pas les réalités sociales de la Côte d’Ivoire, du Burkina, etc… On sait que les pays ont ratifié des accords. L’idée aujourd’hui, c’est de trouver aux pays, un mécanisme qui leur permet d’aller à leur rythme. Il y a des pays qui iront. C’est comme les enfants d’une même maman. Tout le monde ne peut aller à la même vitesse par rapport au même sujet. Il y a des pays qui iront vite, il y en a qui iront moins vite et il y a des pays qui iront moyennement vite. C’est tout faire pour qu’il n’y ait pas de pays qui reste en rate et que les pays avancent en fonction de leurs réalités sociologiques. Parce qu’il y a des réalités sociologiques qui font que même si vous êtes décideurs et que vous voulez mettre en place la  politique, vous mettez en place des politiques pour des populations. Il faut que ces populations adhèrent sinon votre politique devient un échec.  Ce qui explique le fait qu’on ait l’impression que certains pays sont un peu en retard. Les réalités sur ces questions   nouvelles  en tout sur le plan de la prise en compte des politiques économiques  de nos pays. C’est relativement nouveau.  On laisse un peu le temps au temps pour que les pays puissent avancer. D’ici  trois ans, cinq ans pour voir comment les pays avancent par rapport à ces thématiques.

    Vous avez beaucoup évoqué le concept de la budgétisation sensible au genre. Quel est son contenu?

    Quand on parle de budgétisation sensible aujourd’hui, c’est qu’on est dans un cadre global ou on parle du dividende démographique. La budgétisation sensible au genre est une sous-composante de la budgétisation sensible au dividende démographique. La première des choses qu’on recommanderait aux pays, c’est d’aller vers la budgétisation sensible au dividende démographique. Le dividende démographique regroupe le genre puisqu’il est transversal. Donc la première des choses, c’est de dire que nous avons des indicateurs. On va aider les pays de la région Afrique de l’Ouest et du centre  à mettre en place des observatoires nationaux du dividende démographique. Donc aujourd’hui, ce qu’on est en train de faire, c’est aller maintenant à l’étape suivante. On a besoin d’avoir des instruments qui nous permettent de dire si nous avançons sur la capture du dividende démographique. Il faut que ce soit des instruments budgétaires. La budgétisation sensible au genre, c’est quoi ?  C’est juste une façon de traiter le budget de nos pays pour qu’on ressente ce qui va aux femmes et ce qui va aux hommes.

    En quoi la budgétisation est-elle sensible au genre et différente de ce que nous avons dans nos pays 

    La budgétisation sensible au genre permet de prendre en compte la question la question de genre dans les politiques nationales de développement. Parce que jusque-là, le genre, on le prend de façon sectorielle. On fait des actions pendant la journée de la femme etc… Cela est bien. Mais on sait qu’on ne peut pas faire une activité, un changement dans un pays, sans qu’on ne fasse le budget de l’Etat. C’est qu’on va faire des cérémonies mais c’est parce qu’on a budgétisé quelque chose qu’on les réalise. Et c’est pourquoi cette budgétisation sensible  est très importante. Parce qu’on a vu que les pays qui ont le plus avancé sont les pays où il y a une automatisation de la femme. C’est-à-dire que les femmes ont les moyens de s’épanouir, de  contribuer à l’économie, etc… Donc cela crée un cercle vertueux de richesse pour la famille parce que la femme a de l’argent, elle investit beaucoup sur ces enfants, sur son ménage, etc… C’est ça l’esprit de la budgétisation sensible aux genres. C’est de voir effectivement quelle est la part du budget  allouée aux femmes ; quelle est la part du budget   allouée aux activités qui permettent de faire valoir la femme. Et aussi de faire un équilibre parce qu’on peut avoir l’inverse. Quand on voit qu’il y a des secteurs ou ce sont les femmes qui prédominent, on cherche l’équité. C’est dire qu’il y a un équilibre qui permet à la société d’avancer sans les problèmes sociologiques ou sociaux à termes.

     Pour finir,  vous avez évoqué le cas du projet Sohat. Est-ce que vous êtes optimiste au vu des résultats ?

    Oui ! Nous sommes optimistes puisque le projet aujourd’hui sera étendu selon les informations que nous avons, en 2023, et aujourd’hui c’est un projet qui va être généralisé dans les autres pays. Par exemple, le Bénin, qui fait partie du projet Sohat , intervient au niveau de ces douze départements. Aujourd’hui on sait que la phase pilote, phase du projet est une réussite et aujourd’hui il y a beaucoup de pays qui sont en train de chercher à rejoindre les pays Sohat, beaucoup de pays de la sous-région. L’Union Africain est en train de demander au pays de suivre l’exemple de ce projet  pour pouvoir mettre en place la capture du dividende démographique dans les différents pays

    Propos recueillis par  Aïchath ALEDJI

     

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