22ème session du comité intergouvernementale: Le dividende démographique, un levier de développement en Afrique de l’Ouest.

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La 22ème session du comité intergouvernementale des hauts fonctionnaires et experts de l’Afrique de l’Ouest (Cie) a démarré hier à Robertsfield au Libéria
. Pendant trois jours, les décideurs à divers niveau venus des 15 pays de la Cedeao vont échanger autour du thème « les dynamiques démographiques au service du développement durable en Afrique de l’Ouest : défis et mesures de politiques ».

Au cœur des assises de la 22ème session du comité intergouvernementale se trouve la problématique du dividende démographique. Pendant trois jours, les hauts fonctionnaires et experts et décideurs à divers niveau vont étudier les possibilités de modeler les flux démographiques de sorte à réaliser une adéquation avec les richesses produites. A ce sujet, les spécificités comme les convergences en matière de réalités liées aux politiques de l’emploi, les impacts des changements climatiques, les naissances, l’éducation, le social etc. sont au menu. Pour la circonstance, le Bureau sous-régional de l’Afrique de l’Ouest de la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique (Cea), institution organisatrice de la Cie a commandité deux études. Le premier rapport porte sur le « profil socioéconomique de l’Afrique de l’Ouest ». Il présente, statistiques à l’appui les performances économiques de chaque pays de l’Afrique, en lien avec les orientations stratégiques en vigueur au sein de la Cedeao. Le second rapport porte sur le thème « suivi des progrès accomplis en Afrique de l’Ouest vers la réalisation des Objectifs de développement durable (Odd) et de l’agenda 2036. En plus de ces deux rapports, les participants auront pour support les conclusions de la réunion ad-hoc des experts qui a pris fin hier. Ces trois supports présentent les réalités de chaque pays et met à disposition des données chiffrés sur les performances des politiques de développement en cours et les répercussions sur la sous-région.
Selon Bakari Dosso, directeur du Bureau sous-régional de l’Afrique de l’Ouest de la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique, la population de l’Afrique de l’Ouest est estimée à 377 millions de personnes, soit 30 % de la population africaine. Sa spécificité est qu’elle est composée de 44% de jeunes de moins de 15 ans avec un taux de fertilité de 5,5 enfants par femme. Cela laisse entrevoir une augmentation de la population de 135 millions d’ici 2030. Dans le même temps, le Produit intérieur brut (Pib) de l’Afrique de l’Ouest en 2018 est estimé à 600 milliards de dollars, soit 24% de la production de l’Afrique avec la Côte d’Ivoire reconnue comme 2ème pays africain ayant accompli des exploits économiques en 2018, après l’Ethiopie qui occupe la 1ère place dans ce domaine. Dans le domaine de l’éducation, poursuit Monsieur Dosso, beaucoup d’enfants quittent l’école trop tôt sans avoir le niveau minimum.
«Malgré tous les efforts pour améliorer les systèmes de santé, la plupart ne peut pas subir les chocs tels que nous l’avons connu au cours de la période de Ebola. (…) Il est impératif que l’Afrique de l’Ouest s’embarque dans une dynamique d’amélioration des systèmes de santé et d’éducation afin d’atteindre les Odd. (…) Au cœur des reformes, on doit mettre l’accent sur la science et de technologie, les cours professionnelles au secondaire pour pouvoir bénéficier du dividende démographique » a relevé le Représentant du coordonnateur du système des Nations-Unies au Libéria.
A sa suite, Samuel Tweah Jr, ministre des finances et du plan du Libéria, dans un discours assez engagé pense qu’en plus de l’éducation et de la santé, il faut miser sur l’agriculture et la construction des infrastructures. Selon lui, les banques refusent aujourd’hui de financer le secteur agricole ou proposent des financements dont les modalités ne sont pas adaptées aux spécificités de ce secteur. Dans le même temps, il partage la conviction selon laquelle ce secteur pourrait constituer un levier d’emploi pour une population jeune. Monsieur Tweah estime aussi que la 22ème session du comité intergouvernemental, à l’instar d’autres réunions doivent contribuer à trouver la formule pour que la croissance démographique en Afrique de l’Ouest constitue un levier pour le développement. « Il faut que l’expertise et les recommandations qui vont s’exprimer ici ne donnent pas lieu à des recommandations qui vont rester lettre morte mais il faut qu’il aille au niveau des gouvernants. J’appelle à un plaidoyer pour que les recommandations impactent les politiques de développement. » a souhaité le ministre des finances du Libéria.

*Développements récents et perspectives en Afrique*

Le rythme de croissance des activités économiques sur le continent s’est quelque peu ralenti entre 2017 et 2018 en raison notamment des performances modérées réalisées par les pays exportateurs de minerais. Le taux de croissance économique s’est chiffré à 3,2% en 2018 contre 3,4% l’année précédente.
L’activité économique sur le continent a été davantage tirée par les bonnes performances réalisées par les économies d’Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Centre qui ont vu croître leurs PIB réels à des rythmes plus élevés que ceux enregistrés l’année précédente. Les taux de croissance économique se sont respectivement établis dans ces régions à 6,2%, 3,2% et 2,3% en 2018 contre 6,1%, 2,4% et -0,2% en 2017. L’Afrique de l’Est réalise des taux de croissance vigoureux et de plus en plus accélérés depuis 2016. L’activité économique dans cette région du continent est entretenue par le dynamisme de la demande domestique et les investissements en cours dans le domaine des infrastructures. L’Afrique Centrale est sortie de la récession en 2018 grâce à la remontée des cours du pétrole et du gaz naturel et aux bonnes performances réalisées dans l’agriculture, le secteur manufacturier et celui des services par les pays de cette région.
A l’opposé, les évolutions modérées de l’activité économique en Afrique Australe et du Nord ont quelque peu concouru à entretenir le ralentissement de la croissance économique sur le continent. L’Afrique Australe a enregistré le taux de croissance économique régional le moins élevé du continent en 2018, en baisse par rapport à 2017 (1,2% contre 1,5% en 2017) du fait des contre-performances de l’Afrique du Sud (0,8% de taux de croissance en 2018 contre 1,3% en 2017). Quoiqu’ayant bénéficié de la remontée des cours de ses principaux produits de base et d’une conjoncture extérieure accommodante, en particulier dans les économies d’Europe, l’Afrique du Nord a, à l’image de l’Afrique Australe, réalisé un taux de croissance économique plus faible en 2018 qu’en 2017 (3,7% contre 5,3%) du fait du ralentissement de l’activité économique en Lybie et des contre-performances du Soudan.
L’inflation s’est globalement atténuée en Afrique en 2018. Le taux d’inflation est ressorti à 11,1% contre 14,4% en 2017. L’Afrique de l’Ouest, du Nord et de l’Est sont les régions du continent qui ont davantage alimenté l’inflation en Afrique en 2018. Chacune de ces régions a enregistré un taux d’inflation à deux chiffres. Elle a été relativement modérée en Afrique Australe (8,1%) et en Afrique Centrale (2,6%).
L’inflation devrait reculer significativement en Afrique en 2019 et en 2020 pour s’établir respectivement à 8,5% et à 7,2% et autoriser une relative stabilité des taux de changes des monnaies dans la plupart des économies.
Les prévisions et projection de taux de croissance économique pour le continent en 2019 et 2020, sont respectivement de 3,4% et de 3,7%. Le renforcement de l’activité économique en 2019 en Afrique devrait globalement être impulsé par un renforcement de la demande intérieure, une expansion des investissements en infrastructure, et un accroissement de la production du pétrole avec la remontée des cours.
La population de l’Afrique de l’Ouest est estimée à 367,6 millions d’habitants en 2017, le Nigeria comptant pour près de la moitié des habitants de la région (190,9 millions en 2017)7. La région reste caractérisée par une population extrêmement jeune. 44% de celle-ci a moins de 15 ans, proportion qui monte à près de 60% lorsque l’âge est repoussé à 25 ans. Le ratio de dépendance démographique est estimé à 87,2%. Il suggère qu’une personne active, c’est-à-dire dont l’âge est compris entre 15 et 64 ans, vivant dans la communauté, a à sa charge 0,872 personne. Il n’a que peu varié depuis le début des années 2000 (17 dernières années) où il était estimé à 88,7% traduisant une transition démographique relativement lente dans la région, liée aux taux de fécondités toujours élevés dans l’essentiel des pays. L’indice synthétique de fécondité est de plus de 5 enfants en moyenne par femme dans 5 pays de la communauté et de plus de 4 enfants par femmes dans 8 autres pays. Le Niger est le pays qui détient le taux de fécondité le plus élevé dans le monde (7,2 enfants en moyenne par femme).
Au-delà du potentiel de consommation que les évolutions démographiques actuelles de la région représentent, l’un des grands défis auxquels doit faire face la communauté s’agissant de la population concerne l’éducation. Les performances actuelles de la région en matière d’éducation, telles que mesurées par les indicateurs d’accès, apparaissent relativement faibles dans de nombreux pays et sont déclinantes dans d’autres. Les taux bruts de scolarisation dans le primaire et le secondaire au Nigeria (pays le plus peuplé de la communauté) ont, par exemple respectivement, chuté de 94% à 84,7% et de 56,2% à 42% entre 2013 et 2016. Les taux d’abandons scolaires sont également élevés et le nombre moyen d’années de scolarisation est particulièrement faible. Il est inférieur en 2017 à 4 années dans neuf pays de la région (Benin, Burkina Faso, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone)9.
De nombreux apprenants ne bénéficient pas par ailleurs d’une formation de qualité et sortent des systèmes éducatifs nationaux sans avoir le minimum de compétences requis. Seulement 11,9% des enfants atteignent le seuil minimum de compétences requis en lecture et seuls 12,7% de ceux-ci atteignent ce seuil en mathématiques à la fin du cycle primaire au Mali. Ces performances sont encore beaucoup plus faibles au Niger où elles s’établissent respectivement à 8,5% et 7,7%. En Côte d’Ivoire, seuls 47,9% des enfants atteignent ce seuil en lecture et 26,9% en mathématiques.

*Source : Extrait du rapport provisoire de l’étude sur le profil socioéconomique de l’Afrique de l’Ouest, CEA, Avril 2019, Page 5, 6 et 15*

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