Transport maritime: Conséquences sur la pollution atmosphérique

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Avec l’essor de la mondialisation et du tourisme, la pollution atmosphérique maritime est devenue un véritable enjeu de santé publique. C’est ce que montre une nouvelle étude qui vise à évaluer l’intérêt de diminuer la pollution maritime en mer Méditerranée, via la mise en place d’une zone de Contrôle d’Emissions (Eca).La fake news diffusée par de grands médias concernant la soi-disant pollution colossale du nouveau porte-conteneur français, a suscité de nombreuses réactions et commentaires confus sur la question, l’occasion de faire le point.

Bien sûr, le transport maritime est polluant mais il faut bien distinguer les différents polluants émis. La combustion des hydrocarbures nécessaires (du fioul lourd) pour faire avancer les navires entraîne l’émission de gaz à effet de serre, qui réchauffent notre climat, et d’un certain nombre de polluants qui affectent directement notre santé.

 

Les émissions de gaz à effet de serre du transport maritime

En 2015, l’ensemble des navires qui sillonnaient les océans ont contribué à environ 2,6 % des émissions planétaires de CO2 (932 millions de tonnes de CO2), d’après le rapport 2017 de l’Icct.

87 % de ces émissions sont dues au trafic de marchandises qui représente lui-même 90 % du commerce mondial !

Les principales émissions de polluants du transport maritime qui contribuent au réchauffement climatique sont le CO2 et les suies (qui représentent 7 à 21 % des émissions de gaz à effet de serre).

Si les améliorations technologiques permettront aux nouveaux navires d’augmenter leur efficacité énergétique et donc de polluer moins, les émissions totales devraient augmenter fortement d’ici 2050 (de 20 % à 250 % de plus selon les auteurs cités dans l’étude de l’Imo). En effet, il y a toujours plus de navires marchands dont d’imposants porte-conteneurs qui naviguent plus vite, plus loin et qui donc, polluent plus.

 

Les autres polluants atmosphériques du transport maritime

Autres polluants mis en cause : l’oxyde de soufre (SOx), l’oxyde d’azote (NOx) et les particules (Pm). Plus le combustible est de mauvaise qualité, très chargé en soufre, plus il émet de polluants à la combustion.

Dans le cadre du règlement international Marpol décidé en 2016 par l’Organisation maritime internationale, le taux de soufre dans le carburant des navires sera limité à 0,5 % (contre 3,5 % actuellement) d’ici à 2020, ce qui entraînera les bénéfices suivants : 80 % pour les oxydes de soufre ; 72 % pour les particules ; 30 % pour le carbone suie ; 5 % pour les oxydes d’azote.

Ces polluants affectent directement la santé des personnes qui vivent dans les régions limitrophes aux routes maritimes. Ainsi, ils entraînent la mort de près de 50 000 personnes par an en Europe, d’après le rapport du Ceeh. A comparer avec les émissions polluantes du trafic routier (principalement à cause des particules issues du Diesel) : 422 000 morts par an en Europe.

 

Le cas de la pollution des navires en Méditerranée

En France, le plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (également appelé Prepa), adopté en 2017 dans la loi française, envisage la mise en place de nouvelles zones à faibles émissions en Méditerranée. Il s’agit de tester d’évaluer la faisabilité de la mise en place d’une zone de réduction des émissions polluantes dans les pays riverains de la Méditerranée.

Dans les zones de réduction des émissions (dites zone Seca pour les oxydes de soufre et Neca pour les oxydes d’azote), le taux maximum de soufre est de 0,1 % soit encore 5 fois moins que ce que le plafond qui sera appliqué en 2020 en dehors de ces zones. Les navires neufs fréquentant ces zones doivent aussi émettre moins d’oxydes d’azote.

De telles zones existent déjà en Manche, Mer du Nord, Baltique, autour du Canada et des USA, mais pas encore en Méditerranée.

Pour répondre à cette demande, le Cerema, le Citepa et l’Ineris ont réalisé le projet Ecamed qui a livré fin janvier 2019 ses conclusions après plus d’un an d’analyses sur les polluants émis par 17 000 navires qui sillonnent la mer Méditerranée. Ces organismes ont étudié l’impact de la mise en place d’une telle zone en mer Méditerranée, sur les émissions de gaz à effet de serre ; de polluants responsables de l’acidification des sols, de l’eutrophisation des points d’eaux ou de la formation d’ozone ; mais également de particules et de polluants organiques persistants (Pop).

Si les navires devaient changer de carburant dans des zones spécifiques – appelées Zones de Contrôle d’Emissions (ECA) – l’impact sanitaire et environnemental du transport maritime serait drastiquement diminué : réduction d’environ 95 % les émissions d’oxyde de soufre (SOx, caractéristique du carburant utilisé), et jusqu’à 100 % des émissions pour les zones portuaires. Réduction d’environ 77 % des émissions d’oxyde d’azote (NOx, caractéristique de la combustion de carburant), particulièrement au niveau des côtes et à l’est de la méditerranée. Réduction jusqu’à 80 % des émissions de particules de toute taille, surtout en Italie et en Afrique du Nord. Sur la Méditerranée, en moyenne 15 à 20% des particules fines qui disparaîtraient. Rien que cette réduction de particules fines (PM2,5) permettrait d’éviter plus de 6 000 décès prématurés.

La fédération d’associations France Nature Environnement (FNE) s’est emparée de cette problématique notamment avec, il y a quelques mois, la première condamnation d’un navire pour dépassement des normes de pollution (Azura). « Car la pollution de l’air du transport maritime se fait ressentir partout, des villes côtières aux villes intérieures parfois très éloignées des côtes, comme Lyon. » Et rappelle qu’à « l’échelle de l’Union Européenne, les émissions des navires sont responsables de 50 000 morts prématurées et coutent 60 milliards d’euros au système de santé. Et comme les polluants voyagent, les zones côtières ne sont pas les seules touchées : dans les terres, les habitants sont également victimes de problèmes respiratoires, inflammations, et crises cardiaques plus que la moyenne. »

Or les résultats de cette étude sont probants, souligne FNE : « la mise en place de cette zone dans le bassin méditerranéen coûterait entre 1,37 et 2,66 milliards d’euros par an. En contrepartie l’économie en termes sanitaires s’élèverait entre 8 et 14 milliards d’euros. Les bénéfices pour la santé de la mise en œuvre d’une zone de contrôle des émissions en Méditerranée sont donc au moins trois fois plus élevés que les coûts. »

 

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