CHRONIQUE: Les linges sales d’un procès historique (Innocent SOSSAVI)

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    Avec son lot laudatif et blâmable, ce qu’il est désormais convenu d’appeler le « procès Icc-services » aura vécu, sous la coupe de la Cour de Répression des Infractions économiques et du Terrorisme (Criet). Mais, de notoriété, trente deux journées d’audiences auront été utiles à cette instance pour rendre son verdict.De l’arrêt de la cour, il est à retenir deux acquittements et six condamnations contre les promoteurs d’Icc-Services, de même que le remboursement des victimes au moyen des sommes consignées et du produit de la vente des immeubles saisis auprès des promoteurs ; par ailleurs, les victimes constituées partie civile seront dédommagées.

    La page de ce procès étant à présent tournée, elle restera, cependant, gravée dans la mémoire nationale comme la plus vaste affaire d’escroquerie avec appel au public que le pays ait connue jusqu’ici, un dol aggravé d’exercice illégal d’activités bancaires et de microfinance, le séisme ayant servi à déposséder entre 2006 et 2010 environ 151.000 épargnants de leurs placements ; un coup d’appât d’environ 100 milliards de F Cfa. « Un drame économique doublé d’un drame social », signale une voix autorisée. Et ce n’était pas sans compter avec les soins de l’ancien régime.

    Ouvert le 17 décembre 2018, le procès a  connu son épilogue au petit matin du 7 février 2019. Encore que le procureur spécial eût annoncé des poursuites judiciaires à l’encontre de quelques caciques du régime défunt, au nom, bien sûr, de la responsabilité de l’Etat dans ce dossier ; ses figures ayant induit cette responsabilité par leur co-action.

    Les audiences enfin terminées, les observateurs de la scène nationale et internationale n’auraient nulle peine à valider l’utilité de la Criet. Avec succès, en effet, celle-ci aura évacué les pus de ce silo d’abcès malodorant après l’avoir crevé au forceps ; cet ichor dont s’accommodait curieusement et sans conscience l’ancien régime, empestant le pays à ses relents douloureux.

    Que de spoliés ont été envoyés ad patres dans cette affaire, asphyxiés aux pus du dol mortifère ! Que l’Etat s’était maculé à ces sanies, sali à la co-action de ceux qui l’incarnaient au premier chef !

    Puisque les auditions signaleraient ces sanies ainsi que l’aura prouvé ce procès, le yayisme rusa à l’époque, voilant sa face putrescible. Le témoignaient les dilatoires en son temps orchestrés de main de maître contre la manifestation de la vérité, les farces jouées au plus fort de la crise !

    Alors que Boni Yayi pensait tuer l’artifice dans l’œuf par crainte de déballages à son détriment, Patrice Talon a beau jeu de le ressusciter lumineusement. L’éclairage qu’apportait le procès a muri la manifestation de la vérité pour le bonheur des victimes. On dirait raisonnablement que l’homme de « la rupture » a réussi là où échouait l’ancien locataire de la Boad, réparant ce qu’il a gâté.

    Et, le plus heureux pour l’Etat est que les linges sales de ce dossier sont connus pour être punis ; car, pour mieux nettoyer les écuries d’Augias comme le souhaite le chef de l’Etat, il s’agit d’identifier les ivraies pour les éloigner des sarments. Développement oblige !

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