plaidoyer de Fatimata Tamboura au sujet des initiatives culturelles: « Nous exhortons nos dirigeants à nous soutenir davantage dans ce que nous faisons »

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Invitée à participer à l’édition 2018 du Festival Mia, Fatimata Tamboura, manager du groupe Faso Djarabi, est revenue sur l’importance de soutenir les initiatives culturelles.  Dans cet entretien, elle a exhorté les dirigeants à accompagner les artistes

Que savez-vous du festival Mia ?

C’est un grand festival et c’est comme je le disais, les années se suivent, mais ne se ressemblent pas. Je remercie, d’abord, les organisateurs de la confiance qu’ils ont réitérée en nous invitant à participer à cette 5ème édition qui est également une édition anniversaire. Mais, je les exhorte encore à doubler d’effort par rapport à certaines failles. Dans toute organisation, il y a des failles. Elles sont passables, mais si c’est corrigé, cela met encore plus à l’aise les festivaliers.

Que pensez-vous de l’organisation de ce festival ?

Dans l’ensemble, c’est bien. Il y a juste des petits défis à relever, mais je pense qu’ils n’empêchent en rien le travail. C’est juste des petites choses. Il ne faut pas oublier, nous les artistes, nous sommes un peu capricieux.

Comment avez-vous connu ce festival ?

J’ai connu le festival Mia en 2016 (à leur 3ème édition) grâce à l’un de mes collègues manager qui m’en a parlé et j’y ai postulé. Nous y sommes venus, mais nous ne nous attendions pas à un concours. Nous nous sommes rendu compte après que nous avons été retenus et qu’il s’agissait d’un concours. Nous ne jouons que des instruments traditionnels et il fallait chanter sur les rythmes des instruments modernes. Nous nous sommes débrouillés et nous avons pris la 3ème place. Je dis que c’est une expérience que nous avons aimée. Car, c’était un défi et comme nous n’avons pas été derniers, tant mieux. Nous avons été 3ème et nous avons reçu notre attestation.

 

 

Qu’exprimez-vous à travers vos prestations ?

D’abord, véhiculer des messages. Les titres que nous jouons valorisent la femme de son temps, c’est une chanson pour la femme. Parce que nos mamans souffrent trop, elles ont souffert et continuent de souffrir. Ce sont elles qui se lèvent tôt le matin et la majeure partie des femmes sont à valoriser pour leur courage. Nous faisons aussi la musique des Peuls et cela relève parfois d’une plaisanterie à part entière. Ensemble, nous parlons de la vie sociale, de l’amour et aussi des conseils

Que pouvez-vous nous dire de la culture du Burkina-Faso, en particulier ?

La culture burkinabè, c’est comme toutes les autres cultures. C’est comme celle du Bénin, du Ghana. Nous avons plus de 60 ethnies au Burkina et la culture est un peu diverse.

Qu’est-ce qui vous a poussé à aller vers la culture ?

Ma passion pour la musique ! les gens disent, tout le temps, que je suis née d’une famille griotte. C’est vrai, ma maman est griotte, mais elle n’a jamais pratiqué l’art, elle n’a jamais pratiqué la musique ni tenu le micro. C’est juste une passion qui m’est venue, puisque j’ai une formation de secrétaire comptable. Mais, je suis dans la culture parce que, j’aime bien ce domaine. J’ai, d’abord, été instrumentiste et après, j’ai créé le groupe avec mon grand frère et nous le gérons bien. Aujourd’hui, je suis manager du groupe.

D’où est partie l’idée de la création dudit groupe ?

Mon grand frère pratiquait la musique dès son bas âge. Moi, je le suivais tout le temps pendant ses répétitions et après, je me suis dit pourquoi ne pas créer pour nous au lieu d’aller travailler pour les autres. C’est par là que nous avons créé le groupe et lui, il m’a amené à jouer un instrument en forme cylindrique qu’on joue avec des baguettes. Je pense qu’en son temps dans les années 1998, 2000, j’étais l’une des femmes à jouer cet instrument au Burkina-Faso. C’est de là que le groupe a été créé. Nous avons fait les tournées que nous pouvons, dans la sous-région, au Burkina-Faso.

 

 

Parlez-nous un peu de vos expériences

Nous sommes pratiquement sur tous les festivals, les grands festivals de Ouagadougou et nous avons joué sur les grands plateaux. Notamment le Fespaco, le Ciao, les récrés théâtrales et bien d’autres. Nous avons été au Mali, au Nigéria, nous sommes ici au Bénin, Ghana et autres dans la sous-région. Chaque sortie pour nous est une nouvelle expérience et cela est divers.

Est-ce que ces expériences vous apportent un plus dans votre vie ?

Oui ! C’est un plus pour moi. Je t’ai vu ce soir et c’est un plus pour moi. Je rencontre au tant de personnes quand nous sortons et j’apprends de la culture des autres. Comme je le disais, les cultures diffèrent et j’apprends beaucoup. Cela me cultive. Quelqu’un qui est chez lui et quelqu’un qui sort et revient, ils n’ont jamais la même façon de voir la vie ni les mêmes expériences de vie. Il y a des difficultés ainsi que des facilités et tant que tu ne sors pas, tu ne sais pas. Chez nous, il y a un adage qui dit que « la grenouille ne rentre pas dans de l’eau chaude ».

Comment qualifiez-vous l’ambiance au sein du groupe depuis sa création ?

Dans l’ensemble, l’ambiance est bonne. Même quand on est né de même père et de même mère, il arrive des moments où l’on se dispute. Mais, toujours est-il que nous finissons toujours par nous comprendre. Tout le monde ne peut pas avoir les mêmes idées ni la même façon de voir les choses. Mais, si nous existons jusque-là, c’est que, quelque part, il y a une complicité entre nous et je dis vraiment grand merci à tous ces musiciens qui ont confiance en moi et qui me suivent jusque-là.

Quel message particulier avez-vous à lancer à la jeunesse ?

A tous les hommes politiques, à nos dirigeants, vraiment, nous souhaitons qu’ils soutiennent la culture. Parce que, si la culture, notamment la musique était réellement soutenue comme les autres domaines, je pense qu’aujourd’hui, beaucoup de choses allaient être réalisées. Aujourd’hui, nous, nous sommes au Bénin, c’est parce que quand on va nous présenter, on ne va pas dire La troupe Faso Djarabi, mais on dira, la troupe venue du Burkina-Faso. Quand les béninois vont venir au Burkina-Faso, ils ne vont pas dire telle troupe, ils diront « la troupe venue du Bénin. Cela veut dire que c’est ce pays qu’on valorise. Donc, nous exhortons nos dirigeants à nous soutenir davantage dans ce que nous faisons. Car, nous sortons pour valoriser la culture de chez nous sur les différents continents.

En tant que femme au foyer, arrivez-vous à manager votre groupe et à vous occuper de votre foyer sans problème ? 

Je rends grâce à Dieu parce que j’ai un mari qui me comprend parfaitement et qui a énormément confiance en moi. Et pour cette confiance qu’il me porte, j’ai comme impression qu’il m’a remis un œuf et je fais tout possible pour ne pas faire tomber cet œuf. C’est une occasion pour moi de dire vraiment merci de sa complicité, sa confiance et son amour. Parce qu’il faut réellement aimer sa femme pour la laisser rencontrer plein d’hommes, travailler avec des hommes, voyager. J’ai quitté un voyage pour venir au festival ici. Donc, je suis permanemment en voyage et j’ai un mari qui a un cœur en or à qui je dis mille merci.

Propos recueillis par Julien Tohoundjo (Stag)

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