Filière manioc au Bénin : une culture rentable à l’économie agricole

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Le manioc constitue l’une des principales cultures prioritaires identifiées par le Gouvernement du Bénin dans le Plan Stratégique de Développement Agricole (PSDA). Jusqu’à récemment utilisée en période de pénurie de céréales, cette spéculation prend de plus en plus une importance significative dans l’alimentation de la population. En 2010, le Bénin avait produit 3.445 000 tonnes de manioc, selon des chiffres du ministère de l’agriculture. Le manioc occupe la deuxième place des spéculations cultivées en termes de superficies emblavées. Il occupe la première place dans la culture des racines et tubercules (54% de la superficie et 59% de la production totale). La superficie nationale cultivée en manioc est passée de 186.150 hectares en 1998 à 279.513 Ha en 2014. Quant à la production, elle a suivi les mêmes tendances passant de 1.949.943 tonnes en 1998 à 4.066.711 tonnes en 2014. Le rendement moyen à l’hectare estimé entre 11 tonnes et 13 tonnes en 2004 est passé ensuite à 15,5 tonnes en 2009 puis à 17 tonnes en 2011.

Le manioc représente 2,8% du produit intérieur brut et 8,3% du PIB agricole. Dans le contexte actuel, la filière manioc constitue une composante importante de l’économie agricole du Bénin. En dehors de la consommation, le manioc et ses dérivés sont produits principalement pour le marché. Le manioc est utilisé en industrie pour la fabrication de l’amidon et de l’alcool. Les principaux dérivés locaux du manioc, notamment le gari et le tapioca, font l’objet d’échanges et sont écoulés vers les marchés régionaux (Nigeria, Burkina Faso, Niger, Mali) et exportés hors de l’Afrique de l’ouest (Gabon, République Démocratique du Congo et République Centrafricaine). Selon les experts de l’Institut de la recherche agricole au Bénin, la situation offre une opportunité au Bénin de se positionner sur les marchés régionaux et internationaux, avec des produits de qualité afin d’impulser une nouvelle dynamique aux exploitations productrices de manioc et de ses dérivés.

Pour eux encore, bien que tous les écosystèmes béninois soient aptes à la culture du manioc, les départements du Plateau, des Collines, de l’Atlantique et du Zou dégagent à eux seuls, plus de 76% de l’offre totale de manioc frais, soit 2 296 502 tonnes au cours de la campagne 2010-2011. Les nouvelles réformes dans le secteur agricole par lesquelles des pôles de développement ont été créés ont placé le manioc comme culture à prendre en compte dans les pôles de développement N° 4 couvrant les départements de la Donga, du Borgou et des Collines, N° 6 (Plateau) et N° 7 couvrant les départements de l’Ouémé, de l’Atlantique et du Mono.

Perspectives de la filière

Cependant, l’instar des autres filières vivrières, la filière manioc reste encore à structurer et à rendre plus opérationnelle et fonctionnelle en dépit des efforts déployés par de nombreux projets et programmes. Ceci particulièrement au niveau de la production. Le manioc se cultive par les producteurs individuels et des groupements. La taille des exploitations varie suivant les conditions de vie des producteurs. On rencontre des exploitations de petites superficies (moins de 0,5 ha a 3 ha) et des exploitations de grandes tailles (5 à 10 ha et plus).

Pour les experts de l’Institut national de la recherche agricole du Bénin (INRAB), les produits dérivés du manioc ne bénéficient pas d’une grande capacité productive, faute de moyens financiers et de technologiques acceptables. De plus, ils ne procurent pas assez de devises étrangères à l’Etat, bien qu’ils participent à la garantie de la sécurité alimentaire au plan national et sous-régional (exemple du gari qui est sans nul doute, l’un des meilleurs filets de sécurité alimentaire dans la sous-région Afrique de l’Ouest). Le développement de cette filière doit désormais s’orienter vers la promotion à l’exportation de certains dérivés du manioc notamment les cossettes pour l’alimentation du bétail, la production d’alcool pharmaceutique et l’amidon pour les industries textiles. Les débouchés internationaux existent depuis plusieurs années et les tentatives pour rester sur ces marchés ont échoué. Dans la politique de diversification agricole du Bénin, il est temps de prendre toutes les dispositions idoines pour positionner le manioc comme un produit d’exportation.

Encadré : L’importance du manioc dans l’économie béninoise

La filière manioc constitue une composante importante de l’économie agricole du Bénin. Il joue un rôle déterminant en termes de sécurité alimentaire, le manioc, de par son potentiel de productivité, pourrait répondre à une demande croissante en produits alimentaires des pays en pleine explosion démographique, à l’instar de celui que connaît actuellement l’Afrique de l’Ouest. Ce qui permettrait d’éviter une augmentation des importations alimentaires et de réduire la dépendance alimentaire.

En terme de création d’emplois aux groupes vulnérables dont les jeunes et les femmes. En effet, la production, la transformation et la commercialisation du manioc et de ses dérivés fait intervenir un nombre important de personnes. Elles sont  essentiellement constitué des jeunes déscolarisés et de femmes qui travaillent individuellement ou en groupement. Plus de 500 000 producteurs pratiquent la culture du manioc dans toutes les régions du Bénin. Plus de 700 000 femmes sont engagées dans les activités de transformation et de commercialisation dans l’ensemble du pays. Avec tous les métiers annexes qui se rattachent à cette activité, c’est plus de 1 500 000 emplois permanents et saisonniers, dont plus de 70% sont exercés par les femmes qui découlent des différentes chaînes de valeur du manioc.

En terme de soutien à la croissance économique, la demande internationale de certains dérivés de manioc (amidon et cossettes) est en forte croissance. Le positionnement des produits du Bénin sur ce marché constituera une opportunité pour diversifier les sources de devises étrangères du pays.

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